Primo Levi, Si c'est un homme. Le témoignage qui ne hausse jamais la voix, et qu'on n'oublie jamais.
Auschwitz écrit avec la précision d'un chimiste, sans un cri de trop. Lia Sagan place au centre de la bibliothèque le livre qui donne leur poids à tous les autres.
Il y a des livres dont on ne discute pas la valeur, on mesure seulement sa dette. Si c'est un homme est de ceux là. Chimiste turinois déporté à Auschwitz en 1944, rescapé par la chance, par le froid calcul de l'usine et par sa compétence, Primo Levi en revient avec une mission : non pas accuser, mais décrire, exactement, ce qu'il a vu.
Et c'est cette exactitude sans pathos qui rend le livre insoutenable. Levi écrit en homme de laboratoire, il note les faits, les gestes, la logique d'un système conçu pour transformer des hommes en choses avant de les détruire. Il ne crie pas. Il pose les preuves, l'une après l'autre, et les preuves suffisent.
Le titre est une question, et une mise en demeure adressée au lecteur. Levi y demande de considérer si c'est un homme, celui qui peine dans la boue pour un quignon de pain, et si nous, à l'abri dans nos maisons tièdes, méritons encore ce nom si nous détournons les yeux. Tout le livre tient dans cette interpellation.

Refusé d'abord par les grands éditeurs en 1947, tiré à quelques exemplaires, le livre a longtemps attendu son public, comme si le monde n'était pas prêt à entendre. Il l'a trouvé, et il est devenu ce qu'il devait être : non pas un récit parmi d'autres, mais la pièce, irréfutable, opposée d'avance à tous les négationnismes à venir.
Levi y développe une idée qui ne nous a plus quittés : dans le camp, la première chose qu'on arrache à l'homme, c'est son nom, son langage, sa capacité à dire. Détruire un peuple commence par détruire ses mots. À une époque qui efface des contenus, réécrit des histoires et appauvrit la langue, cette leçon n'a rien perdu de son tranchant.
Primo Levi est mort en 1987, à Turin, dans l'immeuble où il était né. On discute encore du sens de cette fin. Le livre, lui, ne discute pas. Il témoigne, pour toujours, avec une dignité qui force le respect.
À lire non pour la beauté mais pour le devoir, et à transmettre. C'est le livre qui donne leur juste poids à tous les autres, et leur juste mesure à nos petites batailles. On n'en sort pas indemne. C'est exactement le but.
L'argument · d'après l'éditeur
Déporté à Auschwitz, Primo Levi raconte avec une précision de chimiste la mécanique de l'extermination et la survie quotidienne. L'un des témoignages les plus essentiels du vingtième siècle.
LIA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · CONTRE L'OUBLI
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