Quatre chiffres de croissance pour une seule année française, dont trois en 48 heures. Le Trésor a publié l’addition qui explique l’écart, personne ne l’a posée
Le budget voté en février tablait sur 1 %. L’Insee a dit 0,4 % jeudi. Bercy a dit 0,5 % vendredi matin. Le consensus des économistes dit 0,6 %. Le Trésor a publié la décomposition qui explique l’écart : 0,2 pour Ormuz, 0,1 pour la canicule, 0,2 pour le reste. Personne n’a posé l’addition.
Quatre chiffres de croissance pour une seule année française, dont trois en 48 heures. Le Trésor a publié l’addition qui explique l’écart, personne ne l’a posée
Une année. Un pays. Quatre chiffres.
Ce qui suit n’est pas un commentaire, c’est une addition, et c’est le gouvernement qui en fournit les termes. Vendredi 11 septembre, en présentant l’actualisation du cadre macroéconomique, la direction générale du Trésor a détaillé les postes de la dégradation. La fermeture du détroit d’Ormuz : 0,2 point de croissance. La sécheresse et les vagues de chaleur, par la baisse des rendements agricoles : 0,1 point. L’incertitude politique de début d’année, avec la prolongation des débats budgétaires, cumulée à l’effet d’un hiver plus clément sur la consommation énergétique des ménages : 0,2 point.
0,2 plus 0,1 plus 0,2 font 0,5. Soit exactement la distance entre le 1 % sur lequel reposait le budget adopté en février et le 0,5 % annoncé vendredi matin. L’écart n’est pas un mystère de conjoncture, il est ventilé, poste par poste, dans le document de présentation du ministère. Nous n’avons trouvé cette opération nulle part dans la presse consultée ce matin.
Une précision d’honnêteté avant d’aller plus loin : la formulation du Trésor, telle qu’elle est rapportée, agrège dans le même poste de 0,2 point l’incertitude politique et l’effet d’un hiver clément, sans dire lequel des deux pèse combien. Nous le signalons plutôt que de trancher à sa place.
Sur Ormuz, en revanche, nous n’avons pas besoin qu’on nous explique. Nous documentons la fermeture du détroit depuis février, y compris le jour où il a été question de le rebaptiser, et jusqu’au barème des pétroliers détruits. Ce matin, ce couloir maritime a un prix en points de produit intérieur brut français, et ce prix est écrit par Bercy : 0,2. Pour 2027, le gouvernement table sur un rebond à 1 %, conditionné notamment à une reprise de la circulation des navires dans ce même détroit. La prévision de croissance française dépend officiellement d’une voie d’eau située à 5 000 kilomètres de Bercy.
La veille, l’Insee avait écrit la même histoire avec un chiffre de moins et une phrase de plus. Croissance ramenée à 0,4 % contre 0,7 % en juin, plus faible progression du PIB depuis 2012 hors période de Covid, et cette ligne : la France serait « la seule grande économie avancée où l’activité freinerait significativement en 2026 ». Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture, ajoute : « C’est une surprise que nous n’avions pas anticipée. » Clément Bortoli, chef de la division Synthèse conjoncturelle, résume : « Tous les moteurs de la croissance française sont grippés. »
Vient ensuite la ligne d’en dessous. Le chômage passerait de 8,3 % au deuxième trimestre à 8,6 % à la fin de l’année. L’économie française détruirait 52 000 emplois salariés en 2026, après 48 000 en 2025, principalement par la baisse de l’alternance sur fond de réduction des aides publiques. L’emploi non salarié progresserait de 95 000 créations, ce qui maintient l’emploi total presque stable sans absorber la hausse de la population active. Nous avions publié le 8,3 % du deuxième trimestre le 27 août, et la lecture industrielle du même institut le 9 septembre. La série est cohérente : elle descend.
Le pouvoir d’achat des ménages reculerait de 0,4 % en 2026, recul identique à celui de 2025 mais de nature différente. « En 2025, cette baisse provenait seulement des dividendes (…) alors qu’en 2026 elle provient de l’inflation et de la baisse de l’emploi, donc cela concerne beaucoup plus de Français », explique Dorian Roucher. Le même pourcentage, deux fois de suite, et ce n’est pas la même chose qui se passe.
Sur l’inflation, deux nombres circulent et ils ne se contredisent pas : l’Insee annonce 2,9 % en décembre en glissement sur un an, Bercy annonce 2,1 % pour 2026 et 1,8 % pour 2027. Ce ne sont pas les mêmes indicateurs, l’un mesure un point de fin d’année, l’autre une moyenne annuelle. Nous l’écrivons parce que personne ne le précise et qu’ils vont être lus côte à côte.
Le déficit public, lui, reste à ramener à 4,9 % du PIB en 2026, après 5 % en 2025. Les textes budgétaires arrivent dans un peu plus de trois semaines. Nous avions décrit le scénario de la loi spéciale le 26 août, et l’article 40 sorti par ce même ministère il y a trois jours.
Les titres que nous avons relevés vendredi sur la note de l’Insee portaient tous sur le même nombre, celui de la croissance. Aucun ne portait sur la phrase qui dit que la France serait la seule, parmi les principales économies européennes, à connaître une hausse du chômage cette année. Elle était dans le même document, publié le même jour, par le même institut. Elle coûte 52 000 emplois salariés et elle n’a pas fait un seul titre.
· Public Sénat, « Nous n’avons plus de gras », 11 septembre 2026 · lien
· Echos Plus, « Croissance : l’Insee abaisse sa prévision à 0,4 % », 11 septembre 2026 · lien
· Insee, note de conjoncture du 10 septembre 2026 · lien
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